Les tristesses de ma grossesse

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Les tristesses de ma grossesse

Comme je l’ai déjà écrit dans plusieurs articles, j’ai une grossesse plutôt agréable. J’ai tenu au travail jusqu’au congé pathologique car par prévention ma gynécologue a préféré me mettre au repos complet même si j’allais plus ou moins bien. Elle ne voulait pas prendre de risques afin d’être prête pour le jour J. Je ne suis pas partie le coeur léger puisque personne ne me remplace sur mon site et il est donc actuellement fermé ce qui me peine pour les étudiants et leur prise en charge. J’ai un grand sens professionnel et être partie ainsi m’a un peu secoué.

Je peux donc sans probléme vaquer à mes occupations et préparer les affaires de bébé sans trop stresser. Par contre, cette grossesse a fait ressurgir des peines que j’avais oublié d’où mon article « Et si demain tout devait recommencer ? ». J’ai eu de longues heures de réflexions sur ce prochain rôle de maman. J’avais besoin de faire le point, d’apaiser tous mes doutes à l’aube où quelques semaines me séparent de la rencontre. Je ne souhaite pas lui transmettre un fardeau qui ne lui appartient pas alors j’ai décidé d’affronter ce torrent d’émotions qui s’est emparé de moi.

Se sentir seule

Je ne pensais pas que cela me minerait ainsi de me retrouver si peu entourée. Mais à travers cette solitude j’ai pu voir sur qui compter et j’ai eu des surprises agréables à commencer par mon mari. D’ordinaire si pudique sur ses sentiments et ses émotions, lors d’un cours de préparation à l’accouchement où la présence du papa était fortement recommandée il m’a totalement ému. La sage-femme lui a demandé comment selon lui je me sentais à l’approche de l’accouchement et il a répondu qu’il avait une totale confiance en moi. Que la grossesse m’allait à ravir, qu’il ne m’a jamais vu si épanouie, si apaisée, que c’était « mon truc » et qu’il aurait regretté de ne pas avoir vécu ce moment avec moi. Ses mots sont partis directement dans mon coeur. Il m’a accompagné à chaque rdv, chaque échographie et à chaque entretien à la crèche et toujours avec émotion. Je n’oublierai jamais son implication et sa bienveillance pendant ses 9 mois.

Ma mère est partie quelques jours après mon mariage pour son travail et devait revenir un mois avant mon terme. Même si j’ai l’habitude de la voir partir, cette fois-ci ce n’était pas pareil. Lorsque j’ai su que je serai arrêtée un peu plus tôt au travail, j’ai commencé à déprimer : je n’étais pas prête à cette éventualité et comme je l’ai écrit plus haut, je laisse mon service sans remplaçant et franchement j’ai été anéantie … Mais c’est bien connu, les mamans ont un 6ème sens et deux jours après elle m’appelle pour m’annoncer qu’elle arrive pour 3 jours et cela m’a fait du bien de la voir. Nous avons lavé tous les petits vêtements ensemble, nous avons essayé de déchiffrer à qui ressemblait le bébé sur les échographies et nous sommes parties dans notre centre aquatique favori pour nous reposer. J’ai pu voir encore fois, même des années plus tard, qu’il n’y a parfois que la présence de sa mère pour apaiser son coeur … 

Se sentir loin

Je ressens une infinie tristesse à l’idée que mon enfant ne connaisse pas la Réunion comme moi durant mon enfance. J’ai vécu mes plus belles années à déjeuner tous les dimanches chez ma grand-mère, je pourrai reconnaître l’odeur de ses plats et je n’oublierai jamais la force de son regard. Pendant ses 9 mois, son souvenir m’a arraché beaucoup de larmes, sa présence m’a énormément manqué plus que n’importe quel moment de ma vie.

Je trouve qu’ici le sens de la famille est un peu limité surtout quand je vois que la dernière invitation à manger de mon beau-frère remonte à 2014 … Qu’il n’a jamais pris une seule fois de mes nouvelles tout au long de ma grossesse, quant à mon propre frère c’est pareil niveau relation c’est le néant. J’accorde une grande importance à la transmission de valeurs de génération en génération, pour moi les cadeaux sont secondaires d’ailleurs je n’en ai jamais reçu de la part de ma grand-mère et je ne m’en porte pas plus mal.

Au sein de la famille de mon mari, ils s’appellent pour savoir quoi acheter à Noël ou aux anniversaires mais jamais pour autre chose et c’est toujours bizarre pour moi. De mon côté, on appelait plutôt pour passer du temps ensemble, pour organiser un pique-nique ou une sortie familiale. C’est ainsi on ne change pas les gens ni leur manière de vivre mais je reste aussi libre de mes choix.

Plus que jamais, je me suis sentie seule face à mon héritage et à ce qui me tenait à coeur de lui transmettre et cela m’a semblé tellement difficile. Nous ne sommes pas dans le même contexte de vie : à moi donc de trouver le bon équilibre …

Se sentir différente

J’ai tenu à tenir mes principes au maximum comme pour mon mariage. Nous avons discuté avec mon mari de ce qui était important pour nous et ce que nous souhaitons transmettre à notre enfant sans écouter les avis des uns et des autres. C’est ainsi que nous avons mis en place une organisation pour préparer l’arrivée de notre bébé et nous arrivons à terme avec fierté, sans avoir craquer jusque-là. Par exemple : pas de poussette (hier encore ma belle-mère tentait de me faire changer d’avis) dans sa chambre le strict minimum avec une jolie petite décoration, pas de liste de naissance non plus et pas de folie sur les vêtements. De toute façon vue l’implication de nos proches : personne ne nous a rien demandé jusqu’à aujourd’hui mais j’ai préféré anticiper et mettre le holà sur les fantaisies.

J’ai surpris mon entourage avec mon organisation, mes souhaits pour mon enfant. Je n’ai pas lu de livres sur la grossesse parce que je voulais garder un peu de surprises mais j’ai beaucoup lu sur l’éducation, sur les émotions qu’il pouvait ressentir en fonction de son âge. Je me suis documentée sur des activités à faire avec un bébé pour l’éveil, pour favoriser son autonomie etc. C’est important de créer un environnement sain et de pouvoir comprendre les différentes étapes de son évolution afin de l’accompagner du mieux que je peux. J’ai accordé un soin particulier au choix des livres que je lui lierai, j’ai veillé à ce qu’il y ait au moins un personnage avec ma couleur de peau afin de pouvoir s’identifier et qu’il ou elle se retrouve en tant qu’enfant métisse. J’ai même réussi à trouver des livres en créole réunionnais pour mon plus grand plaisir. 

Concernant mon suivi, j’ai opté pour le plus light possible avec une gynécologue, mon rdv mensuel et les trois échographies officielles. Je n’ai pas ressenti le besoin d’en savoir plus si tout allait bien, certes les entretiens sont brefs mais elle répond à mes questions et cela me convient très bien. J’ai été très attentive à ses mouvements dans mon ventre mais je ne flippais pas si je le sentais moins bouger surtout à ce stade où forcément il n’y a moins de place dans mon ventre. Enfin, j’ai passé mes journées à lui chanter des berceuses réunionnaises, à lui raconter des histoires ou lui expliquer pourquoi aujourd’hui j’étais un peu plus triste.

Ma grossesse touche donc à sa fin et même si je n’ai pas eu de désagréments physiques, j’ai vécu des moments de fragilité par rapport à mon histoire qui m’ont fait du bien. J’avais besoin d’évacuer, de lâcher prise avant d’endosser cette responsabilité éternelle et irréversible qu’est de devenir mère. 

 

2 Commentaires
  • Madame Lavande
    8 mars 2017 à 16 h 32 min

    J’ai découvert ton blog récemment et j’aime beaucoup la franchise qui ressort de tes billets. (Et j’aime bien aussi tes chroniques sur Mlle Dentelle !)
    Je comprends ton inquiétude sur la transmission de tes racines à ton bébé. Chez nous c’est mon mari qui est loin de son île (aux Antilles) et je sais que ça le « travaille » beaucoup de savoir comment transmettre sa culture malgré l’éloignement géographique.
    Je viens de penser à un article de Claire du blog Tu me fais grandir sur un livre sonore en créole réunionnais qui avait l’air chouette 😉 , voici le lien : http://tumefaisgrandir.wordpress.com/2017/01/24/livre-coup-de-coeur-18-zistoir-3-ti-tang/
    Belle fin de grossesse à toi

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