Et si demain tout devait recommencer ?

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Et si demain tout devait recommencer ?

« Quand on a beaucoup souffert dans la vie, chaque douleur additionnelle est à la fois insupportable et insignifiante »… C’est l’une de mes citations favorites, qui m’a permis de relativiser dans les moments les plus sombres de ma vie. L’avantage quand on a traversé tant d’épreuves c’est que la période de déprime ne dure pas très longtemps. Est-ce une chance : je ne crois pas … Je te disais que les autres me reprochent souvent mon arrogance et mon indépendance. C’est vrai mais une chose est sûre : je n’oublie pas d’où je viens. Jamais. Je suis très franche parce que je n’ai pas envie de perdre mon temps avec ceux qui ne m’en consacre pas : la vie est bien trop courte pour courir après une attention.

Cela n’empêche pas la peine et encore moins la souffrance. Si demain tout venait à s’effondrer, ce que j’ai bâti qu’importe les années : est-ce que j’aurai la force de tout recommencer ?

Ce jour où j’ai arrêté d’avoir peur

C’était en 1997. L’ouverture du premier Mac Donald’s à la Réunion. Ma mère nous y avait amené et j’étais très loin de penser que ce serait la pire soirée de toute mon enfance. La pire. Ce soir-là en rentrant avec mon premier Happy Meal : mon père a frappé ma mère. Je me souviens de chaque détail, de chaque goutte de sang, de chaque geste. Je me vois encore avec un gant mouillé du haut de mes 9 ans  lui nettoyer le visage sans pleurer, sans trembler. Elle était totalement défigurée, ma si jolie maman et cette image me hantera toujours.

Ce jour-là, j’ai eu la frayeur de ma vie. J’ai eu affreusement peur de la perdre et j’ai pris sur moi. J’ai voulu rester forte, intérieurement je réfléchissais comment allais-je devoir faire face à cet évènement horrible : j’avais une si belle vie. Que s’est-il passé ? Le lendemain, je commençais le collège un peu plus tard et je suis restée à la maison toujours avec cette boule au ventre qu’il recommence. Je suivais ma mère dans toutes les pièces, guettais le moindre haussement de ton avec une peur immense. Soudain, j’ai senti qu’une discussion tournait mal et j’ai vu mon père lever encore une fois la main et là je suis passée devant. Je me suis interposée, tremblante mais cette fois : j’ai dit non tu ne la toucheras plus tant que je suis là.

A cet instant précis, j’ai su que je ne laisserai personne m’impressionner quitte à prendre des coups. Que j’étais prête à tomber sans avoir peur de me relever.

Ce jour où j’ai pensé à moi

P. était ma dernière longue histoire avant de connaître mon mari. C’était un réel coup de foudre, je suis tombée littéralement amoureuse de ses yeux bleus, de son ambition et de son charisme. Il me faisait rire, il me vendait du rêve et me promettait une vie pleine de paillettes et de luxe. Lorsqu’il a décroché un job en Afrique, je l’ai suivi sans hésiter : je n’avais pas peur et j’avais trouver LE poste de ma vie.

Mais au final, je me suis brûlée les ailes inévitablement. Quand nous sommes partis du Congo, mon cœur est resté là-bas. J’avais l’impression de quitter la Réunion une seconde fois. Nous n’étions pas censé rentrer si tôt mais la réalité m’a rattrapé : nous avions 4 ans d’écart et nos limites étaient bien différentes. Cela m’a anéantie, j’en ai fait une dépression à mon retour sur le sol français. Je pleurais jour et nuit sur cette vie idyllique à jamais perdue.

J’ai abandonné mon rêve, je ne lui en veux pas, je m’en veux à moi de ne pas avoir lutté. Lui aussi a vécu cela comme un échec mais on ne s’est pas soutenu dans cette épreuve ni l’un, ni l’autre. Nous avons ruminé dans notre coin en accusant l’autre et cela a eu raison de notre couple.

J’ai laissé s’installer la distance, je n’ai rien fait pour rattraper notre histoire. J’aurai dû écouter tous ses doutes mais parfois on croit que le temps apaise les questions mais il en n’est rien. J’ai toujours été très exigeante envers les hommes que j’ai aimés comme si ils n’avaient pas le droit de commettre des erreurs. Et j’ai fini par comprendre qu’aimer une personne c’est l’aimer entièrement, c’est laisser parfois le bénéfice du doute, c’est surmonter les épreuves ensemble enfin c’est vivre ses rêves avec quelqu’un à ses côtés. Pendant toutes ses années, je n’ai fait que chercher un idéal qui n’existe pas et j’ai perdu bien des personnes précieuses alors j’ai dit stop. Malgré toute l’affection que je lui portais à lui et à sa famille, j’ai mis un terme à notre histoire. J’ai envisagé tous nos fous rire, nos erreurs, sans jamais, l’accuser mais j’ai pesé le contre ici, le pour ailleurs, j’ai peur de ne plus pouvoir l’aimer. Pour la première de ma vie, j’ai pensé à moi, à mes rêves, mes envies même si cela avait un prix. J’ai endossé le rôle de la méchante, de celle qui part, de celle qui a tout brisé mais j’ai écouté mon cœur cela en valait la peine. 

Ce jour où je suis devenue courageuse

La mort de ma grand-mère restera une perte inconsolable. Aucun mot ne pourra apaiser ce manque que je ressens, cette profonde déception de ne pas avoir pu partager avec elle toutes mes réussites, mon mariage ou encore aujourd’hui ma grossesse. Lorsqu’elle est tombée malade, je n’ai pas pu la voir pendant près de 6 mois car elle était dans un service interdit au moins de 12 ans.

Alors je restais dans le couloir à attendre ma mère pour qu’elle me raconte. Et le jour où j’ai pu la voir est arrivé : on m’a expliqué qu’elle avait beaucoup changé et qu’il fallait que je me prépare. Je n’étais pas prête alors je suis restée en retrait pendant plusieurs jours avant de l’approcher. A son retour, il fallait s’occuper des tâches primaires comme lui brosser les dents, lui peigner les cheveux ou encore changer sa couche quand l’infirmière tardait. Pour moi, il était hors de question de le faire c’était inconcevable en plus pour ma grand-mère. Un soir, je l’ai entendu gémir qu’elle voulait mourir. Toute la nuit, elle n’a fait que criait qu’elle ne pouvait vivre de cette manière et j’ai vraiment cru qu’elle passait à l’acte. Le lendemain, très tôt j’ai observé ce que faisait l’infirmière avec minutie puis j’ai regardé discrètement comment le kinésithérapeute la soulevait.

Les jours suivants, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai entrepris de reproduire ses gestes au mieux. Bien sûr les premiers temps, j’allais vomir mais j’ai fini par m’y habituer tout doucement. Je ne pensais pas y arriver, honnêtement je suis bien trop précieuse mais il était hors de questions de perdre ma grand-mère alors il fallait m’impliquer. Je lui faisait sa couleur, lui couper ses mèches rebelles et parfois je lui mettais un coup de gloss.

J’ai passé pratiquement toute mon adolescence auprès d’elle. Les samedis soirs, je n’étais pas en boîte de nuit mais au pied de son lit en train de regarder Fort Boyard. Je demandais toujours à mes copines de venir travailler chez ma grand-mère pour être présente et j’accourrai au moindre souci. Toute ma bande savait qu’elle passait avant tout et que c’était non-négociable.

Il m’arrivait de m’endormir dans son fauteuil roulant quand elle était hospitalisée, pour sentir son odeur et l’attendre paisiblement. C’était ma place. Quand elle est partie et que j’ai remis les pieds dans sa chambre, ma famille avait laissé ce fameux fauteuil roulant en me disant qu’elle n’a jamais laissé personne s’y asseoir après mon départ parce que c’était ma place. Oui c’était la mienne.

J’essaie chaque jour de devenir une femme, ce n’est pas simple car abandonner sa carapace de fille seule, de « celle qui fait toujours tout » n’est pas une tâche évidente. Mais j’ai confiance en l’avenir et si demain tout devait recommencer. Si demain tout venait à s’effondrer, est ce que j’aurai la force de tout recommencer ? Oui j’en aurai certainement, parce qu’il ne peut en être autrement. 

7 Commentaires
  • Die Franzoesin
    23 janvier 2017 à 13 h 28 min

    Oh la la c est très dur ce que tu racontes 🙁 … Tes parents sont toujours ensemble ou sont ils séparés ? Comment as tu grandi avec cette image de ton papa ?

  • Rozie
    23 janvier 2017 à 13 h 59 min

    … Wa-hou.
    Tu n’oublies pas d’où tu viens et tu as appris à construire et reconstruire ta vie malgré les épreuves.

    Je trouve ton courage d’enfant très impressionnant. S’interposer entre son père et sa mère, avoir ce cran, cet aplomb. C’est très fort et très touchant.

    Je me reconnais beaucoup quand tu parles de ta grand-mère. Mon grand-père est mort quand j’avais 10 ans et demi. J’en suis toujours inconsolable. Les six derniers mois de sa vie, je n’ai pas pu le voir. Je n’ai rien compris quand on m’a annoncé sa mort. Il me manque atrocement.

    C’est un très bel article. Merci d’avoir partagé ces bouts de ta vie avec nous. C’est inspirant.

  • Flora
    23 janvier 2017 à 17 h 03 min

    Merci pour ce récit si intime, tu as failli m’arracher des larmes.
    Après la lecture de ton article il n’y a aucun doute, si demain tout recommençait tu te battrais comme d’habitude 🙂
    C’est super courageux ce que tu as fait pour ta maman, des choses comme ça forge le caractère et je pense que c’est normal d’en être fière.
    J’ai beaucoup de mal à accorder le bénéfice du doute aussi, et pourtant je sais que je fais plein d’erreurs moi aussi. bref merci pour ce petit rappel.

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