Comment maman a fini par sombrer ?

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Comment maman a fini par sombrer ?

Si tu me suis sur Instagram, tu as sans doute vu passer l’information : je n’ai pas eu le concours de professeur des écoles. Cela peut paraître futile me diras-tu, j’ai un métier et je suis fonctionnaire alors quel en était l’enjeu ?

C’était bien plus profond et cela explique ma longue absence sur le blog et sur les réseaux sociaux. Je suis vraiment tombée au fond d’un trou et j’ai peinée à en sortir. Tout de suite j’ai compris ce qui m’arrivait et je n’ai pas cherché à éviter l’inévitable: je n’allais pas bien du tout.

J’ai donc vécu une période de flottement où je me demandais si je verrai le bout du tunnel un jour, si j’arrêterai de broyer du noir, si je m’en remettrai de cet échec tout simplement. Le plus dur a été pour moi de continuer à aller travailler, d’échanger avec mes collègues avec la boule au ventre. J’ai pris cela sur le ton de la légèreté pour ne pas que l’on me pose des questions intrusives et au fil des jours : j’ai sombré … pour mieux me relever. 

Parce que je suis partie pour quelque chose

J’ai quitté mon île à l’âge de 18 ans parce que ma filière était inexistante là-bas. C’était l’unique raison : j’étais sûre de mon choix d’orientation et j’ai dû partir en passant revenir à l’issue de ma licence.

J’ai parfois la sensation que je n’y reviendrai jamais. Peu de gens comprennent ce manque parce qu’ils pensent qu’avoir tout nous dispense de souffrir. Qu’avoir l’essentiel ne nous permet pas de nous plaindre de ne pas être chez nous. Comme je le dit toujours : si on n’a pas connu cet exil au moins une fois dans sa vie on ne peut pas comprendre. Certes, il faut parfois se contenter de ce que l’on a mais ici ce ne sera jamais chez moi bien que j’y ai fondé une famille. Mon objectif était de rentrer et de passer le concours à la Réunion après mes 3 années de licence mais il en est rien … Et repenser à cela, 12 ans plus tard m’a démoralisé encore plus avec ce temps de chiotte que nous avons eu, ce froid hivernal jusqu’au mois de mars, les pluies  diluviennes en plein mois de mai : j’ai eu envie de mon île plus que jamais.

Ce concours représentait pour moi l’opportunité de demander une mutation dans mon département d’origine et j’ai vu ce rêve s’envoler brutalement quand je n’ai pas vu mon nom sur la liste des admissibles. J’ai fait 9.247,68 km exactement et me dire que je suis dans une structure où je ne m’épanouie pas : c’est l’horreur totale, je devais en sortir et j’ai échoué.

Parce que j’étais toute seule pour remonter la pente

On n’a pas tous la chance d’avoir des amis qui peuvent nous soulever quand on tombe plus bas que terre. Parfois, même souvent on a le devoir de se relever seule. Je dis devoir parce que rester dans la souffrance pour moi c’est un choix. Quand j’ai vu les résultats à part mon mari : je ne savais pas à qui le dire ? J’ai regardé dans mes contacts et je n’ai vu personne qui m’avait suivi depuis le début, à qui j’ai raconté mes angoisses, mes doutes et ma motivation.

Alors, j’ai fait comme toujours : je me suis relevée seule. J’ai d’abord vécu cet échec profondément. J’ai évité de le dire car je ne voulais lire « ce n’est pas grave, tu le repasseras » ou « encore tu le méritais car tu as beaucoup travaillé » : non je n’ai clairement pas assez travaillé car je ne suis pas admissible. J’ai donc accepté les résultats, j’ai été en colère contre moi, contre le peu de nombre de postes, contre le fait de ne pas avoir de master pour pouvoir le tenter en externe : j’ai vécu l’enfer pendant des jours. En silence. Un combat intérieur perdu d’avance mais que je devais vivre pour continuer.

Puis petit à petit, la peine s’estompait sans pour autant disparaître. J’ai repris mon Instagram spécial maîtresse pour échanger avec des personnes dans la même situation que moi et reprendre un peu d’espoir. Mais j’ai eu ce besoin de m’isoler un peu et de partager mon immense déception aussi une fois que je l’avais digéré.

Parce que je suis maman, épouse, femme

…et qu’il fallait donc se reprendre en main rapidement. Quand tu es à la tête d’une famille, tu ne peux pas te permettre d’arriver devant ton enfant et ton mari avec des yeux en mode panda sans explication. J’ai choisi de dire à ma (très jeune) fille que je n’étais pas au top de ma forme et que ce n’était absolument pas de sa faute mais que pendant un moment je serai un peu moins joyeuse.

Je ne voulais pas prendre sur moi, faire semblant et garder la face alors qu’au fond de moi j’étais au bout de ma vie pour faire plaisir à quelqu’un. Il fallait que je fasse le point, que j’en tire le mauvais comme le bon côté des choses. J’avais besoin de ce temps pour moi et si cela impliquait que je fasse la tronche : tant pis.

Je suis quelqu’un qui vit intensément les évènements, c’est nécessaire pour moi de traverser cette impasse. Mon mari a été d’un soutien sans faille, il a accueilli ma tristesse, mon agressivité parfois et mon humeur à fleur de peau pendant plusieurs semaines sans (trop) dire quelque chose. Je suis partie du principe que je devais m’écouter tout en épargnant le plus mes proches, on ne peut pas être bien tout le temps : ainsi est la vie. C’est clairement plus compliqué de gérer sa tristesse quand on est plus seule chez soi, on ne peut pas se rouler dans sa couette, fermer les volets et pleurer toute la journée. Il faut le vivre autrement mais il faut le vivre quand même. 

Aujourd’hui, je vais mieux. J’ai candidaté pour finir mon Master à distance afin de laisser la porte ouverte si je souhaite repasser le concours l’année prochaine, il y a des jours où je suis motivée d’autres un peu moins alors je préfère laisser le temps au temps afin de prendre une décision avec laquelle je suis en accord. Pour l’instant, rien n’est définitif, je suis toujours en pleine réflexion et reconstruction. Ce concours m’a pris un temps fou, j’y ai mis beaucoup d’espoir car je ne suis clairement pas bien dans ma structure actuelle et je ne sais pas si j’aurai la force de recommencer une année comme celle-ci.

Je me laisse donc cette éventualité, je suis en attente de la réponse et j’aviserai après en fonction du retour que j’aurai. J’ai voulu partager cette expérience parce que mine de rien vous étiez nombreux à suivre mon aventure, à m’encourager et je me devais de tout expliquer en toute transparence. 

Ce n’était pas « juste » un concours, un essai ou une lubie c’était une étape importante, une chance que je voulais saisir et que j’ai clairement sous-estimé. Devenir professeur des écoles c’est un vrai marathon : l’entraînement m’a manqué mais je n’ai pas perdu ma persévérance. J’ai pu me rescentrer sur mes priorités, revoir ma manière d’être et me rapprocher du cocon familial qui m’a tant manqué.Oui c’était quelque chose d’important pour moi et comme pour tous ce qui est cher à mon cœur : j’y reviendrai. 

8 Commentaires
  • Emeline
    5 juin 2018 à 9 h 51 min

    J’ai de la tristesse en découvrant ton article Je comprends vraiment Ma soeur est aujourd’hui maitresse des écoles et rien n’a été simple pour elle Prends soin de toi et comme tu le fais si bien, écoute toi Ton coeur et tes envies te dicteront ce que tu vas faire Bon courage et bravo à la maman que tu es 😉

  • Flora
    5 juin 2018 à 10 h 42 min

    Contente d’apprendre que ça va mieux. J’admire ta force et combativité mais je crois que c’est malheureusement à double tranchant. « Shit happens » comme disent les ricains et c’est important de se préparer à ça aussi… Je pense sincèrement que tu étais préparée mais que le vent a décidé de souffler contre toi… et ça tu n’y peux rien à part essayer jusqu’à ce que ça passe

  • Die Franzoesin
    5 juin 2018 à 21 h 58 min

    Ton article me touche beaucoup notamment ta douleur d’exilée que je comprends particulièrement bien… En revanche je n’ai pas compris, ce concours serait ta seule chance pour retourner t’installer sur cette île ?

  • Maman Lempicka
    5 juin 2018 à 22 h 25 min

    Je comprends ton projet, mais sache que tu devras exercer plusieurs années dans des conditions difficiles avant d’espérer pouvoir rejoindre ton île. L’une des mes collègues rejoint la Guadeloupe cette année: 15 ans d’ancienneté dont 15 ans de ZEP. Bon courage et bonne chance pour la suite.

  • bonia
    15 juillet 2018 à 22 h 13 min

    Merci pour toutes ces informations !

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