Maman et poste à responsabilités : l’éternelle incompatibilité ?

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Maman et poste à responsabilités : l’éternelle incompatibilité ?

Il y a quelques mois de cela, j’ai passé un entretien pour un poste dans une autre structure. Les missions étaient identiques à ce que je fais à l’heure actuelle sauf que le public à prendre en charge était différent.

Je me suis donc préparée avec sérieux mais sans pression : je ne jouais pas ma carrière et puis à force de me présenter : c’est toujours la même chose. Sauf que pour la première fois de mon parcours, j’ai eu affaire à une question que l’on ne m’avait jamais posé auparavant. Parce qu’il faut à la fois être une femme et une mère pour aborder le sujet de son enfant.
Dans la fiche de poste il était mentionné qu’une formation obligatoire était prévu sur Paris pendant 5 semaines mais de manière fractionnée sur l’année. Et, avec un naturel désarmant la chargée de recrutement me demande sur un ton bien particulier : « mais je vois que vous avez un enfant, vous pensez que vous pourrez venir sur Paris pour les formations ? Non parce que les mamans généralement elle préfère rester avec leurs enfants c’est qui qui le garde alors le vôtre ? ». J’ai tenté de garder mon calme. Je dis bien tenter. Évidemment je n’ai pas pu me contenir et je lui ai répondu :  » cet enfant a ce que l’on appelle un papa qui peut la garder et avant de candidater nous en avons discuté il en va de soi ». Ma réponse ne fut pas suffisante :  » Oui mais est-ce que vous allez demander un 80 % parce que vous comprenez c’est un travail qui demande beaucoup d’implication et il faut être là à 100 % ».

Je vous épargne ma réponse parce que ce n’est pas le débat aujourd’hui. Ce qui m’a clairement dérangé c’est le fait de dire que je puisse éventuellement demander un 80% qui m’est accordé de droit ferait de moi une personne moins impliquée ?

 

Ma priorité devrait être mon enfant ?

Comme je l’ai écrit souvent dans mes articles, j’ai pris la décision de reprendre mon travail à temps plein et sans aménagement particulier depuis que je suis maman. J’ai des horaires ultra souples et jusqu’à aujourd’hui nous avons réussi avec mon mari à intégrer notre enfant dans notre planning sans trop nous bousculer au quotidien. Quand elle est malade, l’un ou l’autre peut sortir sans trop de difficulté pour la garder, cet hiver il n’y a qu’une seule fois où nous avons dû rester à la maison sinon elle a un système immunitaire en béton !

Au bureau, je parle très peu d’elle sauf lorsque l’on me demande de ses nouvelles et je n’ai jamais mis en avant le fait que j’ai un enfant pour réduire mes activités. Je fais toujours mes forums, j’honore toujours mes interventions même à 07h45 du matin je suis présente. Bien que je ne culpabilise pas, j’ai le sentiment parfois au service d’être un ovni face à mes choix. Je n’ai jamais dit que je ne ferai pas quelque chose parce que je dois récupérer ma fille à la crèche, je m’arrange toujours avant de m’engager sur une action.

Ne puis-je pas concilier ma vie personnelle et professionnelle ?

J’ai parfois l’impression de devoir faire un choix entre ma vie de femme et de salariée. Je regarde toujours si les horaires sont compatibles avec ceux de la crèche le plus souvent et j’ai droit à la question parfois « mais pour toi c’est compliqué avec la petite non ? ». Ce n’est pas compliqué si on me prévient à l’avance afin de m’organiser et ce même quand je n’avais pas d’enfant.

Les gens s’imaginent souvent que je fais tout en fonction de ma fille notamment pour les congés où on me demande si je veux impérativement les vacances scolaires. Je passe énormément de temps avec mon enfant en dehors de mon métier, je n’ai jamais manqué un évènement important pour le moment.

Je n’apporte pas de dossier à la maison et je déconnecte une fois rentrée chez moi. Il en va de même lorsque je suis au bureau, je réalise mes tâches sans penser systématiquement à ma fille et si elle n’est pas bien je préfère rester auprès d’elle quand c’est possible plutôt que stresser au boulot inutilement. Dans tous les cas la barrière est claire, je suis toujours franche, jamais mal à l’aise quand je fais passer  l’un ou l’autre avant.

Sauf que je passe souvent pour la maman carriériste sans la moindre considération pour son enfant si je veux évoluer professionnellement et pour la maman poule flemmarde si j’ose demander un aménagement de planning. Pour moi c’est inadmissible toutes ses étiquettes mensongères que l’on nous attribue constamment. Je suis capable de mener de front les deux combats sans que l’un prenne le pas sur l’autre.

Suis-je condamnée à ne jamais évoluer ?

Au sein de mon service il n’y a que des femmes alors on va dire qu’il n’y a pas de pression. Comme un peu partout les directeurs sont souvent des hommes. Je ne pense pas ne jamais évoluer parce que je suis maman mais clairement le regard change. Ils se disent forcément que l’on va être absente pour enfant malade ou que l’on refusera de rester à une réunion qui se terminera pas avant 19h.

Alors oui, nous aimerions êtres présentes lors des moments importants de sa vie mais toutes ses choses que nous voulons vivre avec nos enfants peuvent se faire en parallèle de notre travail et de notre ascension.

Nous devrions pouvoir être absentes sans culpabiliser pour autant, sans se sentir inférieures parce que l’on est devenue mère de famille. J’aimerai pouvoir postuler sur un poste sans me demander si j’aurai toujours du temps pour mon bébé ou si je peux adapter mon planning pour sortir parfois plus tôt. Ce n’est pas un fardeau, mon enfant ne me ralentit pas dans mes projets professionnels et les recruteurs doivent nous lâcher avec ce sujet une bonne fois pour toute. Et quand bien même, nous nous organisons pour assurer ce rôle de mère nous ne sommes pas moins performantes et motivées pour des postes à responsabilités.

9 Commentaires
  • Soa
    19 octobre 2018 à 9 h 55 min

    J’ai la chance d’avoir un poste à responsabilité et d’être en même temps assez présente auprès des enfants ! Il arrive parfois que je dois choisir et faire un sacrifice sur mon temps familial ou la nécessité du poste, mais heureusement, çà n’arrive pas trop souvent ! Si un jour je serai devant un énorme choix, je choisirais ma vie de famille !

  • Madame Confettis
    19 octobre 2018 à 13 h 20 min

    Eh bien, moi je trouve que c’est difficile. J’ai toujours le sentiment d’être prise entre deux feux, que c’est moi en tant que maman qui suis supposée me sacrifier plus… Et je culpabilise souvent de ne pas être plus avec mon enfant… J’ai toujours peur que ce ne soit pas assez, qu’il faille donner plus. Je trouve que c’est difficile de jongler entre le statut de travailleur à temps plein et maman. Pour me soulager un peu, j’ai changé de travail, mes 4h de trajet quotidiennes se sont transformées en 1h30, ce qui est un énorme changement! Mais, malgré tout, j’ai toujours une petite voix dans la tête qui me dit que ce n’est pas assez, que ce soit en tant que maman ou au travail.

  • Madame Bobette
    19 octobre 2018 à 14 h 49 min

    Je crois que finalement, je travaille dans un milieu assez féminin qui là dessus ne me juge pas. Jamais on ne m’a reproché mon rôle de mère. Ici, c’est le cas de tout le monde ou presque et même les papas prennent des enfants malades, adaptent leur planning et j’en passe… Du coup, ce genre de questionnement, je n’y suis pas confrontée. Ca changera sûrement si un jour je veux quitter ma structure…

  • Die Franzoesin
    21 octobre 2018 à 20 h 28 min

    Je comprends bien ton questionnement. Et ce qui est compliqué pour moi en tout cas, c’est de connaître la frontière entre les limites que je me fixe moi-même et celles qui me sont fixées arbitrairement par l’environnement. En tout cas c’est toujours un vrai gros sujet de débat.

  • Flora
    26 octobre 2018 à 9 h 24 min

    Je suis allée à une formation de 2 semaines et il fallait voir la tête des gens quand je leur disait que j’avais un bébé de 8 mois ! Inutile de dire qu’ils réagissaient moins au Papa qui avait laissé un bébé de 5 mois à la maison… Je suis en train d’apprendre à fermer mes oreilles tout simplement aux donneurs de leçons/bien pensants. C’est déjà difficile de placer ses propres limites, alors si on laisse les autres interférer, ça devient mission impossible. Ma famille, mon boulot, mes limites !

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