Influence-t-on sans le savoir le choix de nos enfants ?

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Influence-t-on sans le savoir le choix de nos enfants ?

Par défaut nous choisissons pour nos enfants quand ils sont petits. Parce qu’ils ne peuvent pas exprimer par la parole ou les gestes ce qu’ils souhaitent. Mais quand est-il une fois qu’ils peuvent le faire ? Quelle place avons-nous alors, parents, face aux choix de nos enfants ? Nous sommes leurs représentants légaux jusqu’à la majorité mais décide-t-on pour tout ?

Cet article n’a pas pour but de jeter la pierre à qui que ce soit. Je relate ma propre vision des choses et ma propre expérience. J’ai le souhait d’offrir une éducation assez libre à ma fille dans certains domaines où j’estime que je ne dois pas l’influencer par mon propre vécu. Je suis une mère qui apprend chaque jour son rôle et qui essaie de réfléchir à l’éducation que je souhaite transmettre de manière bienveillante.

C’est aussi, l’occasion pour les mamans (et papas) qui me lisent de se poser la question : est ce que j’influence mon enfant sans le savoir dans ses choix qui lui appartiennent entièrement ?

Le métier

Je suis dans un domaine où au moins une fois par semaine j’entends des étudiants me dire qu’ils font des études par défaut. Souvent parce que leurs parents les « ont poussés » dans cette direction afin de les assurer un insertion brillante et certaine. Je vous laisse imaginer comment je bondis de ma chaise de conseillère lorsque je vois ses jeunes adultes au bord de l’épuisement dans des filières comme la médecine, la physique ou encore la microbiologie qui demandent une implication totale.

En 2018, je m’étonne encore de ses préjugés sur les études et certaines professions, surtout sur cette hantise « de se tromper d’orientation ». J’insiste sur le fait qu’il n’y a aucun mal à « changer » de parcours si on se rend compte que cela nous plaît pas finalement. Il existe suffisamment de passerelles et de remise à niveau pour se réorienter sans conséquence et ce de manière cadrée.

Je ne peux malheureusement rien faire parfois face à des parents qui « vivent » leurs rêves à travers leurs enfants sans le savoir. Combien de fois, j’ai entendu « moi je n’ai pas eu cette possibilité alors je l’offre à ma fille/mon fils aujourd’hui » oui mais que veulent-ils EUX ? Qui a dit qu’il fallait absolument ramener des bonnes notes pour réussir dans la vie ? Qu’est-ce que cela prouve encore une fois ? Moi j’accepte que des enfants ne soient pas très « scolaires » : c’est possible et il n’est pas moins intelligent qu’un autre. Ce n’est pas son truc l’école, tant pis. Je refuse les parents qui prennent les rendez-vous à la place de leurs enfants pour discuter de leur avenir (il y en a énormément) et lorsqu’ils les accompagnent je demande toujours un moment seul avec l’étudiant. Je veux recueillir son avis et son point de vue : en même temps c’est de sa vie qu’il est question.

Je me défends de mettre une pression à ma fille sur ce qu’elle devrait faire plus tard et je n’ai pas la prétention de dire que tel métier et meilleur qu’un autre : elle fera ce qui la rend heureuse un point c’est tout. Ils ont – à mon sens – assez de pression à l’école avec les exigences académiques alors si à la maison c’est pareil ce n’est pas la peine.

Je ne l’oriente pas vers un domaine pour le prestige ou pour lui assurer un niveau de vie correcte. Cela ne veut strictement rien dire : le métier que nous choisissons doit être à hauteur de nos ambitions. Comme à mon habitude je veux qu’elle soit en accord avec elle-même et ses propres valeurs c’est le plus important.

Les amours et les amitiés

Ah comment résister à ne pas mettre son grain de sel dans les choix de ses enfants ? J’ai eu une mère assez intrusive parfois concernant ma vie amicale / sentimentale et je n’ai franchement pas apprécié surtout pendant mon adolescence. Je pense que l’on passe tous par une déception, un chagrin d’amour et par une phase où la-terre-s’effronde-pour-un-c******-qui-ne-nous-mérite-pas.

On a beau nous dire que : »ça va passer« , « c’est rien » ou encore « un de perdu dix de retrouvés » : on a le cœur brisé tout simplement. Pour les enfants, tout est amplifié au sujet des émotions alors quand ils souffrent, quand ils sont en colère, quand ils boudent : c’est la fin du monde (parfois c’est vrai). Je suis quelqu’un qui donne son avis que si on me sollicite sinon je reste à ma place. Chacun vit à sa manière ses relations et je ne suis pas là pour juger qui que ce soit. Alors je fais de même pour mon enfant. Même si face à un évènement sa réaction est (clairement) démesurée, je recevrai son émotion; je lui dirai que l’on peut vivre cela différemment mais elle aura toujours le droit de s’exprimer.

Pareil au sujet d’une relation, je n’ai pas « à l’avertir », « la mettre en garde » contre un doute que j’aurai en tant que mère. C’est à moi de lui fournir les armes pour reconnaître qu’une relation peut être destructrice mais je ne maitrise pas ce qu’elle fera de mes pseudos conseils. Évidemment, comme chaque parent, je peux être inquiète et rien ne m’empêcher de lui dire mais si elle m’affirme que ça va : je m’efforcerai de lui faire confiance. Je dois lui faire confiance. Comme vous le savez, je n’anticipe pas ce qui peut arriver dans la vie car c’est un stress inutile : alors je ne prépare pas ma fille à surmonter des peines car je ne sais pas ce que l’avenir lui réserve. Je lui constitue un bagage pour s’en sortir et selon son voyage de vie elle l’utilisera … ou pas ! Ce qui est difficile pour moi ne le sera pas forcément pour elle alors peut-être qu’au niveau des relations elle aura plus de facilités.

Les emmerdes

Je ne suis pas de celle qui appelle ses parents quand je ne vais pas bien. Chez nous, à la Réunion, une fois que l’on part de chez eux : ce n’est pas pour revenir et ce quelque soit nos problèmes. J’aimerai changé cela avec ma fille car j’aurai aimé parfois rentrer « à la maison » sans devoir expliquer pourquoi. Juste parce que c’est un endroit où je suis bien et en sécurité même si j’ai 30 ans (29 faut pas déconner). Je ne peux pas dire que chez mes parents je me sens chez moi surtout chez mon père car je n’y suis pas allée si souvent. On va dire qu’ils ont toujours su mes moments de galère sans pour autant intervenir. Parfois, j’aurai aimé ne serait-ce un soutien sans forcément un avis ou une aide : juste savoir qu’ils étaient là en cas de besoin. Je suis d’avis de rester dans l’ombre mais aussi de pouvoir tendre la main sans forcément demander des explications à nos enfants et de leur dire « tu vois je t’avais prévenu » (même si on le pense fortement).

A contrario, cela m’a tout de même servi de devoir me débrouiller seule depuis l’adolescence alors je ne peux pas dire que cela m’a réellement manqué. J’ai réussi petit à petit à résoudre mes problèmes, ça prenait le temps qu’il fallait tout simplement. Ce qui est essentiel pour moi c’est qu’elle sache que je suis là et que c’est à elle de voir si elle me sollicite ou pas en cas de pépins. 

Je ne veux pas interférer dans des décisions importantes qui la concerne et qui sont déterminantes pour son bien-être. Je crois que les enfants gardent longtemps « cette reconnaissance » pour leurs parents que je déteste et je vois tous les jours les ravages des choix qui ne leurs appartiennent pas vraiment. Je lutte pour que l’on puisse élever les enfants en respectant leurs émotions, leurs personnalités et leurs choix.

Alors oui parfois c’est plus fort que nous, parfois c’est inconscient et maladroit mais rien de nous empêche d’essayer de prendre sur soi et de laisser faire nos enfants. Sans nous.

18 Commentaires
  • Maman Sur Le Fil
    13 février 2018 à 9 h 52 min

    Comme j’aime ta façon de voir les choses.
    Comme tu le sais, je fais partie de ces étudiants à qui on a dit « Tu es intelligente, tu es scientifique, tes parents se saignent pour te l’offrir, le mieux pour toi, c’est la filière MP et École d’ingénieurs ». Et voilà où j’en suis 15 ans plus tard. Pour Monsieur et ses sœurs, c’est pareil ! Alors autant te dire que malgré l’intelligence et le côté très scolaire de nos enfants, on essaiera de raisonner comme toi… Rester à leur écoute, et pas à la notre, est le plus important.
    Concernant les relations malsaines, je suis en plein dedans avec ma fille, et si elle est consciente des dérives, elle ne s’en décroche pas pour l’instant. Elle a le recul nécessaire pour mettre les limites là où cela lui convient…
    La confiance que l’on porte en nos enfants, malgré l’inquiétude normale que l’on peut avoir par rapport à leur bonheur, à leur avenir, est primordiale !
    Et comme toi, j’aimerais que mes enfants aient la confiance nécessaire en nous, que j’ai assez d’écoute pour qu’en cas de besoin, ils reviennent à la maison sans se poser de question.
    Désolée pour le roman mais le sujet me parle particulièrement…
    Bises
    Virginie

  • Picou
    13 février 2018 à 11 h 08 min

    Je comprends tout à fait ton avis, je le partage en partie, dans le fond, après, la frontière est mince et parfois sans doute difficile à saisir, entre accompagner son enfant, le pousser vers le haut, l’aider à tirer le meilleur de lui (quelqu’en soit la situation, en termes d’orientation, de choix de vie, de débrouillardise), et les influencer… J’essaierai comme toi de ne pas trop intervenir dans leur façon de gérer leur vie, de les laisser apprendre de leurs erreurs, mais je crois aussi que notre rôle de parents, est de les aider sur la route, de leur proposer un regard bénéficiant de notre expérience et d’un recul qu’ils n’ont pas encore. Je crois qu’il faut effectivement trouver un bon compromis entre trop et pas assez les diriger, pas facile évidemment!

  • Claire
    13 février 2018 à 12 h 23 min

    Merci pour ce très bel article. Je partage entièrement ton point de vue.
    Je me vois comme l’accompagnatrice de ma fille. J’essaie de lui donner les outils et à elle de s’en servir ou pas. Après tout, c’est de sa vie dont il s’agit et c’est surtout des erreurs que l’on apprend. Alors, j’essaie de ne pas la préserver des erreurs, mais d’être toujours présente pour elle. Car au final, je pense que le plus important, c’est de savoir qu’il y a toujours quelqu’un derrière nous pour nous ramasser à la petite cuillère si besoin.

  • MamanDe4
    13 février 2018 à 14 h 43 min

    J’aime vraiment cette façon de voir notre rôle de parent. A nous de leur transmettre nos fondamentaux, à eux de s’en servir pour leur développement et leur épanouissement. Tout en sachant qu’on sera là pour eux quoiqu’il arrive. Il serait impossible de les obliger à aller dans une direction qui ne leur conviendrait pas, tout en les aidant à faire des choix réalistes compte tenu du contexte plus général.

  • Maman Pavlova
    13 février 2018 à 15 h 06 min

    Comme je suis d’accord avec toi, j’en parlais justement avec mon mari ce weekend, nous qui sommes vraiment opposé a l »idée de lui donner un moule, ne le fait’on parfois pas sans le vouloir ou sans le savoir, sous pretexte que l’on veut le meilleur pour son enfant ?

    EN tout cas ton article est a gardé sous le coude …

  • Misscouette
    13 février 2018 à 15 h 34 min

    C’est très juste ! Je pense que le problème vient aussi de la raison pour laquelle les gens font des enfants. Beaucoup de parents parlent de leur enfant comme des « mini-eux ». Certains assimilent même leur fille à leur petite femme et leur garçon au deuxième homme de la maison. Selon moi, il faut faire notre maximum pour leur laisser le choix de se découvrir vraiment. Cela commence notamment par le choix des jouets mais aussi par la distance quant à nos centres d’intérêt personnels, même si on ne peux pas empêcher nos enfants de s’intéresser à ce qu’on fait et de vouloir nous imiter.

  • Cha
    13 février 2018 à 17 h 41 min

    Merci pour ces lignes, ma puce est encore petite mais si il y a bien une chose qui me tient à cœur c’est que plus tard elle soit libre de ses choix et vive ses passions comme elle l’entend! Comme moi-même j’ai pu le faire… ça reste parfois un travail à faire sur soi, difficile parfois de ne pas « rêver » de ce qu’ils pourraient devenir!

  • Lexie
    13 février 2018 à 19 h 25 min

    Merci de mettre des mots sur ce que j’ai dans la tête, c’est un équilibre vers lequel je veux tender : les outiller au maximum pour leur mettre de faire leurs propres choix. Mon conjoint et moi avons par ailleurs tous deux change d’orientation ces dernieres années alors je suis bien certaine qu’on a pas forcément une seule vocation dans une vie. Belle soirée.

  • Flora
    14 février 2018 à 18 h 27 min

    Je suis d’accord sur le principe mais je pense que des fois il est humain de vouloir maladroitement aider. Pas de là à imposer ses propres rêves mais pour la vie sentimentale par exemple. J’ai ma sœur qui est dans une relation compliquée et c’est déjà très difficile de rester en dehors de ça, alors pour ma fille… je crois que ce serait impossible !
    Après je crois qu’il est important de ne pas vivre leur vie à leur place et de les laisser faire leur erreurs mais comme disait ma maman il faut aussi savoir apprendre des erreurs des autres, on ne vit pas assez longtemps pour tout essayer.

  • Angelilie
    16 février 2018 à 14 h 43 min

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