Maman réunionnaise VS maman métropolitaine : le choc des cultures

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Maman réunionnaise VS maman métropolitaine : le choc des cultures

Ma fille est métisse même si pour l’instant elle ne me ressemble absolument pas : elle a du sang réunionnais et je tiens à ce qu’elle découvre cette culture. Cela fait onze ans que je vis en France Métropolitaine et je m’y fais toujours pas sur certains points nous sommes vraiment opposés, ce n’est donc pas simple de jongler entre les deux.

Depuis que je suis maman, je me questionne sur l’éducation que je souhaite donner à ma fille. Je vois passer beaucoup d’articles sur « l’éducation bienveillante / positive  » mais j’ai un peu de mal à m’identifier dans les réactions à avoir selon les situations. Alors, il a été nécessaire de faire un tri surtout que je ne vis pas à La Réunion, il est donc un peu compliqué de transmettre ce que j’ai reçu dans les conditions de mon enfance.

Cet article n’a pas pour vocation de dire quelle éducation est meilleure que l’autre, je m’efforce de trouver le juste milieu afin d’offrir à mon enfant un ensemble de valeurs issues de nos cultures.

Ton enfant tu porteras

Chez nous, la poussette ce n’est pas avant 6 voir 8 mois et c’est une poussette canne pas le trio que l’on voit ici. On garde les bébés dans l’écharpe de portage en position verticale les 3 premiers mois pour limiter les reflux un peu comme en Afrique.

La poussette c’est pour les longues distances et pour celles qui n’ont pas de voiture sinon j’en vois rarement dans mon entourage. Je ne suis pas choquée de voir des parents qui portent leurs enfants, pour moi c’est logique surtout lorsqu’ils sont tout petits. Je n’aime pas les discours archaïques qui disent que les bébés vont s’habituer aux bras et même si c’est le cas cela me regarde. Ma mère m’a toujours porté, elle me dit souvent que certes c’était difficile mais c’était ce dont j’avais besoin alors elle s’est adaptée … C’est donc naturellement que pour l’instant j’ai encore ma fille dans les bras lorsqu’elle a besoin de moi et que j’ai cédé pour une poussette pour nos vacances à La Réunion d’ici un an pour le côté pratique.

La diversification alimentaire tu n’attendras pas

Tous les jours ma mère me demande si la petite mange alors que je n’y ai pas pensé encore . Chez nous, on attends pas spécialement les 4 mois pour faire découvrir des nouveaux aliments aux bébés. Nous faisons au feeling, il n’y a pas d’âge précis : si nous faisons une purée nous faisons goûter bébé tout simplement. Il n’y a pas d’ordre (légumes avant par exemple) c’est petit à petit que nous introduisons les aliments du quotidien. C’est l’enfant qui décide quand il se sent prêt et ce peu importe son âge (pas à 10 jours non plus).

Pour ma part, j’ai une fille qui a un appétit de moineau elle finit rarement ses biberons et j’ai l’impression que le lait ce n’est pas son truc alors j’ai hâte d’introduire d’autres saveurs.  J’ai décidé de couper la poire en deux : je commencerai au début de son 4ème mois mais je ferai des recettes réunionnaises le plus possible avec l’aide de ma mère, je veux lui faire confiance, elle saura me faire comprendre que cela ne lui plaît pas.

Ta douleur tu ne partageras pas

Quand j’ai parlé du baby blues à ma mère : elle m’a regardé avec étonnement. Chez nous, il est rare que nous parlons de sentiments alors de mal être encore moins. Les débuts avec ma fille n’ont pas été faciles, j’ai souffert de la solitude et  je n’ai jamais sollicité qui que ce soit  pendant cette période noire.

C’est un sujet presque tabou : quand tu fais un enfant tu assumes pour le meilleur et pour le pire. J’ai longtemps été silencieuse et j’apprends chaque jour à sortir de ma coquille comme je l’ai écrit ici. Car parfois cela fait du bien de partager le poids de ses inquiétudes surtout en matière de maternité où c’est un monde totalement inconnu que l’on a décidé ou pas d’avoir un enfant. Je ne reste pas longtemps dans cet état de déprime, il est juste important de l’exprimer mais inutile de ressasser le mauvais côté des choses. Je n’ai jamais entendu ma grand-mère parler de la difficulté de devenir mère et j’avoue que cela m’a manqué. J’aurai voulu connaître son cheminement, les raisons de ses choix et comment elle avait vécu tout ceci. 

Sur ta famille uniquement tu compteras

Je parle de ma propre expérience peut être qu’au sein de votre famille cela se passe autrement mais du côté de mon mari il est assez rare que nous ayons une invitation. D’ailleurs, chez nous on invite pas : tu viens quand tu veux. Il y aura toujours à manger et toujours quelqu’un pour t’accueillir. L’hospitalité c’est notre plus grande qualité : même si tu es fâché si c’est ta famille qui a besoin de toi on ne discute pas. 

Cela me manque cruellement. Cela fait 6 ans que je suis dans ma région et je n’ai toujours pas tissé de liens amicaux. Les gens ne se confient pas comme moi, ne s’investissent pas non plus alors j’ai arrêté et je suis restée à ma place. Même avec ma pseudo belle-sœur, je n’ai aucune conversation : elle ne répond quasiment pas à mes messages, à mes cartes d’anniversaire ou de vacances, je n’ai jamais de ses nouvelles. Ils sont venus dès mon retour à la maison voir ma fille et depuis rien du tout cela fait 3 mois déjà …

Depuis que je suis maman, ce manque se creuse jour après jour un peu plus. Maintenant, on ne me voit plus qu’en tant que mère et non plus en tant que Sandra. Je ne compte plus les messages de ma belle-mère qui me demande uniquement des nouvelles de ma fille, combien de biberons elle a bu ou est ce qu’elle a dormi. Mon mari il sait pertinemment que ce n’est pas mon style de conversation, que j’ai des limites et que je ne pourrai jamais parler de ma fille en longueur de journée. D’ailleurs quand c’est ma mère qui m’appelle on passe notre temps à partager nos potins plutôt que de parler de couches.

Je me suis donc retrouvée inévitablement avec toutes ses différences et ce ne fut pas simple. Si j’avais le choix, c’est sans hésiter que j’aurai choisi de vivre à La Réunion avec l’ensemble de ma petite famille. Parce que là-bas, on pense à l’essentiel et on ne se prend pas la tête avec les conventions. Personne ne critique nos choix pour nos enfants car pour nous c’est un état naturel, c’est donc normal de donner le meilleur. Nous ne sommes jamais seules face à cette  nouvelle vie, nous sommes entourées et c’est très rassurant de pouvoir compter sur quelqu’un.

Je vais essayer de transmettre le plus possible à ma fille cette confiance en elle et cette liberté de pouvoir faire comme elle le sent dans la limite du raisonnable. 

La maternité n’est pas un long fleuve tranquille, c’est quelque chose qui s’apprend jour aprés jour et nous sommes seules maîtres de nos décisions. C’est pour cela que je suis exigeante et intransigeante, je garde toujours le cap même si certains de mes choix ne plaisent pas à tout le monde : je suis en accord avec moi-même. 

 

22 Commentaires
  • Maman Sur Le Fil
    22 juin 2017 à 12 h 58 min

    C’est intéressant ton retour sur les différences de culture… Je ne pensais pas qu’elles étaient si marquées… Ce n’est jamais évident de naviguer entre deux cultures, deux pays, deux religions… Trouver le juste milieu n’est pas évident…

    Merci pour ce partage

    Virginie

  • Madame Bobette
    22 juin 2017 à 14 h 03 min

    Comme Maman sur le fil, je ne pensais pas qu’il y avait des différences si marquées dans nos 2 cultures pourtant si proche. Je comprends qu’il peut-être difficile de trouver le juste milieu surtout dans une culture qui n’est pas la notre. Mais tu es sur la bonne route, j’en suis certaine. Transmettre la confiance et la liberté à ta fille est pour moi une chose importante.
    Bon par contre, pour la famille, ça ne se passe pas du tout comme ça dans la mienne! On est très proche et par chez moi, finalement, on se fait facilement des amis si on le veut 🙂

  • Bénédicte
    22 juin 2017 à 16 h 50 min

    Comme je te comprends, c’est tellement vrai!
    Je suis réunionnaise et maman depuis 6 mois, et je vois bien toutes ces différences.
    Le papa est réunionnais aussi, donc on a la même vision de la famille, comme tu décris.
    Moi je vois surtout les différences entre mon enfance à la Réunion, et l’enfance qu’on peut avoir en Métropole.
    Je ne dis pas que tout est mieux à la Réunion, mais j’aimerai tellement que mon enfant connaisse le sens de la famille « à la réunionnaise », la vie tranquille de la bas, pouvoir jouer dehors avec ses voisins sans peur, les dimanches chez papi/mamie autour d’un bon carri… c’est peut-être des petits détails, mais j’aimerai tellement que mon enfant connaisse tout ça… (après c’est peut etre possible ici, mais en Ile-de-France où je suis , non impossible)
    Mais on garde le moral grace à nos bébés, et on apprécie encore plus nos vacances au pays quand on rentre 🙂

  • Flora
    22 juin 2017 à 20 h 55 min

    Culturellement la réunion est plus proche de ce que j’ai pu connaitre en grandissant. La proximité de la famille me manque aussi (les commérages qui vont avec beaucoup moins) et je pense que je vais essayer aussi de transmettre toutes ces petites choses qui me manquent tant.
    D’ailleurs je fais actuellement de la résistance pour la poussette mais je crois que mon mari n’étant pas branché portage et moi ne tenant pas à m’occuper seule de bébé, je finirai par craquer aussi.

    Bises

  • prettylittletruth
    23 juin 2017 à 10 h 18 min

    Pas facile et je comprends parfaitement ton ressenti. Je suis sure que tu feras le mieux pour ta fille et que tu lui transmettra ta culture 🙂

  • Pititefleur
    23 juin 2017 à 16 h 35 min

    Je n’imaginais pas qu’il puisse y avoir autant de différences.
    En te lisant je me suis faite la réflexion qu’en effet pendant toute la grossesse, on me harcelait pour savoir comment j’allais et maintenant que la petite est là, ben on me pose quasi jamais la question. Il n’y en a que pour ma fille ! Plus embêtant comme j’allaite, les gens ne font même plus attention au régime alimentaire et à l’alcool 🙁
    Après l’important c’est que toi tu sois en phase avec ce que tu fais.
    On emmaillote notre fille pour la nuit, ben on a déjà des avis divergents : faut pas lui donner cette habitude, oui c’est bien mais pas trop longtemps …
    Bref il y a toujours différentes manières de faire l’important c’est de trouver celle qui vous convient à vous !
    Et moi aussi je laisse parfois ma fille raler ou seule pour pouvoir finir quelque chose 🙂

  • ellea40ans-Stephanie
    26 juin 2017 à 8 h 42 min

    Je le trouve très beau ton texte. Je suis en expatriation et je fais des choses avec mes enfants qui paraissent totalement étrange là ou je vis. L’éloignement avec la famille n’est pas toujours facile. Merci pour ce joli texte et reste comme tu es.

  • Marine
    3 juillet 2017 à 19 h 54 min

    Un plaisir de te lire et d’en apprendre un peu plus sur toi…
    À très vite jolie voisine

  • Coccinelle
    19 juillet 2017 à 0 h 56 min

    Coucou, j’aurais pu écrire cet article. Moi aussi je suis loin de la famille, dans un bled paumé que je déteste. Bientôt 8 ans que j’y suis, que des relations banales pas de vraies amies. Heureusement j’ai ma mère comme toi, avec qui je raconte des commérages lol. J’essaie le plus possible de transmettre mon héritage antillais à mes enfants.
    Bonne continuation et profites bien de ta puce.

  • Joli Tropisme
    25 août 2017 à 8 h 49 min

    Je suis métisse, belgo-rwandaise. J’ai grandi en Afrique, puis adolescence et début de vie professionnelle en Belgique. J’y ai eu ma fille aînée. J’ai été confrontée à des réactions similaires de ma mère concernant mon blues, elle avait même appelé ma soeur en panique genre  » elle délire, comment peut-elle être triste avec un beau bébé en bonne santé ?! ». J’ai eu ma deuxième fille en Belgique mais à un mois je l’ai ramené, chez nous au Rwanda et là j’ai compris. Ma mère qui nous a eu en Afrique n’a pas eu de babyblues. Ici les mères sont entourées, choyées, gâtées, les bébés ne pleurent pas puisqu’on les cajolent et portent tout le temps. J’ai adoré ma maternité version africaine. D’ailleurs ce sera prochainement l’objet d’un article. C’est un sujet qui me tient à coeur et on devrait s’inspirer de la façon dont on gère l’arrivée d’un bébé ici pour aider les jeunes mamans en Europe. Bref super article, ravie de découvrir ton blog !

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