Si je devais partir, ma fille … que voudrais-je que tu retiennes ?

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Si je devais partir, ma fille … que voudrais-je que tu retiennes ?

Cet article aurait dû être publié au mois de novembre dernier. Dans le tourbillon du quotidien : il est resté inachevé. Je le termine aujourd’hui car il est important pour moi de laisser une trace pour mon enfant.

2007 – 2017. J’ai beau essayé de me dire que ce n’est qu’un rêve, mais rien n’y fait, j’ai pourtant essayé de laisser passer les saisons. Mais pas une minute ne se passe sans que je ne pense à toi. J’avais l’espoir qu’avec le temps son souvenir soit moins douloureux mais est-ce vraiment possible d’oublier une disparition pour laquelle nous n’étions pas prêt ? Il y a 10 ans, j’ai perdu ma grand-mère, je venais à peine d’arriver en métropole. C’est l’une des pertes les plus marquantes de ma vie, j’ai pris conscience à cet instant, à 19 ans que les gens que l’on aime partent pour toujours. Inévitablement. Elle m’a laissé un héritage précieux, que peu de membres de ma famille ont saisi c’est le courage d’être moi. Envers et contre tous.

Je ne suis pas du genre à angoisser, ni à ressasser le passé mais j’ai toujours une période où je suis mélancolique et cela commence avec son souvenir. C’était l’une des rares personne à être profondément fière de moi. Elle était d’une franchise déconcertante et ce jusqu’à la fin : c’est pourquoi j’ai toujours eu une admiration sans faille face à son honnêteté. Elle avouait ses forces comme ses faiblesses, ses victoires comme ses échecs avec une facilité que j’ai rarement rencontré dans ma vie. 

Cette année 2017 a été d’autant plus particulière car je suis devenue maman. J’ai endossé ce rôle et inévitablement j’ai pensé à ma fille : et si je venais à disparaitre ? Que voudrai-je lui léguer ? Qu’est-ce que je voudrai qu’elle retienne dans l’éducation que je lui ai transmise ?

N’attends rien des autres

Je n’ai jamais eu d’autre choix que d’assurer seule dans la plupart de mes combats. D’ailleurs très peu de gens savent ce que j’ai pu traverser dans ma vie, parce que je ne me confie pas tellement mais surtout parce que je n’ai jamais eu l’opportunité de pouvoir raconter librement cette partie-là de moi. Alors j’ai appris malgré moi en toute autonomie à m’en sortir seule. J’ai toujours rêvé d’avoir une meilleure amie qui me connaît mieux que personne, à qui je pouvais confier mes secrets mais la vie ne m’a pas offert cette chance. Le temps passant, je ne pense pas rencontrer cette personne afin de raconter mes plus profondes blessures et bien que cela me manque, j’ai le mérite de ne rien devoir à personne. J’ai véritablement touché le fond, j’ai vécu des choses tellement irréalistes mais surtout j’ai tellement cru que l’on allait me sortir de là avant de comprendre que j’étais la seule qui pouvait résoudre ce mauvais karma.

Pour moi, l’écriture a toujours été mon sauveur. Je n’ai jamais écrit pour la gloire, pour la notoriété et encore moins pour être en Une. C’est une de mes passions depuis que je sais tenir un stylo et bien que j’ai moins de temps qu’avant : je me sens mieux quand j’écris que lorsque je me confie à quelqu’un.

Il ne faut jamais rien attendre des autres mais fréquenter des gens qui ont les mêmes attentes que vous. Cela évite bien des déceptions. Je souhaite à ma fille d’être entourée comme elle le souhaite et surtout de ne pas s’inquiéter si elle se retrouve seule dans certaines périodes de son existence : la vie est ainsi faite de liens qui se font et se défont de manière naturelle. Tout ne s’explique pas, mais tout a un sens. Cela ne l’empêchera pas d’avancer et ne la ralentira pas pour autant.

Tombe mais relève toi vite

Il y aura bien des jours, des mois ou même des années où elle ne sera pas bien. Tout le monde a le droit d’être triste, d’avoir des doutes et de se remettre en question mais il appartient à chacun d’entre nous de se relever.

Je ne suis pas une maman ultra-protectrice avec ma fille, j’essaie au maximum de lâcher prise au quotidien.  Pour moi transmettre à ma fille des valeurs fondamentales comme le courage, la force et l’autonomie sont primordiales. Je ne l’élève pas avec mes propres peurs et mes appréhensions : je ne veux pas qu’elles grandissent avec des sentiments qui ne lui appartiennent pas. Je ne m’inquiète pas à outre mesure et je n’anticipe pas ce qui peut lui arriver de bien comme de mal. J’avance pas à pas avec elle et je préserve au maximum ce temps d’insouciance qu’est son enfance. Elle a le droit de se tromper, elle a le droit de recommencer : parfois je serai là et parfois pas. Ma mère me disait toujours que si je vivais une épreuve sans elle alors cela signifiait que je devais la surmonter seule mais qu’elle veillait quand même sur moi. Aucune souffrance, aucune tristesse ne dure éternellement sauf si on les entretient.

Il n’y a pas de mauvais de choix, de mauvaises directions, il n’y a pas de tunnel sans lumière au bout. Mais chacun d’entre nous doit prendre ses responsabilités et se prendre en main à un moment donné ou un autre. Alors, j’espère qu’après chaque blessure elle veillera à ne pas porter trop longtemps une culpabilité, des regrets ou de la rancœur inutile.

La famille c’est celle que tu construis

Je suis contre le fait de fréquenter les gens « parce que c’est la famille ». Une relation qu’elle soit familiale, amicale ou encore amoureuse doit être basée sur une certaine réciprocité. Une harmonie parfois imparfaite mais chacun apporte une pierre pour solidifier la relation.

Il est donc pour moi hors de question de me forcer à recevoir ou à supporter des personnes sous prétexte que nous avons le même sang et je n’élève pas ma fille dans ce sens. Elle a le droit d’avoir des affinités et de s’exprimer dans le respect bien évidemment. La vie est bien trop courte pour faire semblant et prendre sur soi. Je n’arrive pas à être en présence de personnes (famille ou pas) avec lesquelles je ne me sens pas bien et que la tension soit palpable. Je préfère un cercle fermé mais un environnement sain avec des gens qui nous élèvent toujours plus haut, nous aiment et nous apportent bienveillance.

Comme je l’ai toujours écrit ma fille ne me doit aucune reconnaissance. Elle n’a aucune responsabilité vis-à-vis de moi et je veille à ne jamais lui dire « fais-le pour maman », elle n’a pas à me faire plaisir sauf si elle le veut. Chaque décision lui appartient et la construction de sa famille en fait partie. Je crois que les amis peuvent dans certaines épreuves nous offrir bien plus qu’un membre de notre propre fratrie.
J’ai plus souvent sollicité ma famille de cœur que de sang et sans le moindre regret. Je peux compter sur peu de gens mais ils sont tous très fiables bien qu’une distance nous sépare. Je lui souhaite de pouvoir trouver réconfort auprès de ceux qu’elle aime et avec lesquelles il n’y a aucune ambiguïté.

Je trouve que de nos jours pour les jeunes c’est dur. Dur d’être soi. De réaliser ses rêves et de se défaire des attentes des autres. On vit dans une société qui est souvent source de pression pour de si petits êtres que sont nos enfants.

Alors si tu devais retenir, qu’une chose ma fille c’est d’être celle que tu veux. Envers et contre tous. Si j’arrive à t’accompagner dans cette démarche d’être toi et d’avoir confiance comme on l’a fait pour moi : j’en serai la plus heureuse.

Pour E.

10 Commentaires
  • Maman Sur Le Fil
    7 février 2018 à 8 h 19 min

    Tu as tellement raison… Je crois que ne rien devoir à personne aide finalement à avancer et à ne pas se poser de questions…
    Tu n’en es peut-être pas consciente mais tu m’aides tellement à avancer dans ma vie… A assumer d’être seule et d’avancer comme je l’entends et pas comme mon entourage le voudrait !

    Alors merci, encore une fois…

    Bises
    Virginie

  • MamanDe4
    7 février 2018 à 11 h 10 min

    Tu apportes de solides armes à ta fille pour son développement personnel. Ce n’est pas toujours facile de nos jours, comme tu le dis, mais arriver à être soi est une finalité tellement importante.

  • Picou
    7 février 2018 à 11 h 31 min

    Très réaliste, comme toujours, mais très vrai! Ce sont des bases solides que tu lui apportes, et ton texte m’a beaucoup émue car il comporte de vraies, belles leçons de vie que je veux aussi essayer d’inculquer à mes filles. Des bases pas toujours faciles mais tellement fondamentales! Avoir confiance en soi, se construire par soi-même, apprendre à se relever et à vivre dans le présent, et compter sur les autres, mais avant tout sur soi. Très bel article (encore! vraiment, la plume te réussit ;o)!)

  • Madame Bobette
    7 février 2018 à 11 h 37 min

    Ton billet raisonne beaucoup en moi avec mon histoire personnelle. Tu lui laisses là une jolie trace, un message fort qui l’aidera dans sa vie de petite fille, d’ado et de femme. Tu m’as donné envie d’écrire une lettre de ce genre à Tess 🙂

  • Gabruiela
    3 août 2018 à 13 h 57 min

    Guauuuuuuuuu……
    Mes larmes sont tombées sin pouvoir les controler….cette phrase ma marque..
    Aucune souffrance, aucune tristesse ne dure éternellement sauf si on les entretient…..
    Merci, on a beaucoup des chose en commun…et tes mots mes sont touches le coeur….
    C’est admirable pouvoir écrire de cette façon…
    bonne continuation!!!!!

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